Comptes & paiements
Changer de banque en Belgique : ce que le bankswitching transfère, et ce qu'il laisse
Changer de banque en Belgique ne demande ni lettre recommandée ni liste de domiciliations recopiée à la main : un service commun à la place bancaire, le bankswitching, s'en charge gratuitement en dix jours ouvrables. Febelfin a enregistré 111 745 demandes en 2025, après un record de 134 343 en 2024. Reste que ce service a un périmètre précis — et que ce périmètre exclut, noir sur blanc, les crédits. Voici ce qui bascule tout seul, ce qui demande un geste de votre part, et les trois endroits où une mensualité de prêt peut tomber dans le vide pendant la transition.
Un service commun, pas une offre commerciale
Le service de mobilité interbancaire — son nom courant est bankswitching — est un dispositif de place administré par Febelfin, la fédération du secteur financier belge. Il n'appartient à aucune banque en particulier : les établissements participants s'engagent sur une procédure et un calendrier identiques, et chacun joue tour à tour le rôle d'ancienne et de nouvelle banque. C'est pourquoi la page que vous trouverez sur le site de votre future banque décrit les mêmes étapes que celle de la banque que vous quittez[1].
Le service couvre les comptes à vue et les comptes d'épargne détenus en Belgique par des particuliers. Il est entièrement gratuit : l'ancienne banque ne peut pas facturer de frais de clôture, et elle rembourse les frais de gestion déjà payés d'avance ainsi que les intérêts courus[2].
La demande ne s'introduit pas auprès de la banque que vous quittez, mais auprès de celle que vous rejoignez. Vous ouvrez un compte, vous complétez un formulaire unique, et c'est la nouvelle banque qui dialogue ensuite directement avec l'ancienne. Vous n'avez aucun courrier à envoyer vous-même, sauf aux créanciers que le circuit automatique ne parvient pas à joindre — nous y revenons plus bas.
Trois formules, et elles ne font pas la même chose
Le formulaire vous demande ce que vous attendez exactement du service. Ce choix est la décision la plus structurante de toute la procédure, parce qu'il détermine qui sera prévenu de votre nouveau numéro de compte.
| Formule demandée | Ordres de paiement | Ancien compte | Vos créanciers sont prévenus ? |
|---|---|---|---|
| Transfert des ordres + clôture | Repris sur le nouveau compte | Clôturé, solde transféré, cartes désactivées | Oui |
| Transfert des ordres seul | Repris sur le nouveau compte | Reste ouvert | Oui |
| Clôture seule | Simplement arrêtés sur l'ancien compte | Clôturé, solde transféré | Non |
La troisième ligne est celle qui surprend. Si vous ne demandez que la liquidation de l'ancien compte, aucune notification n'est envoyée à vos créanciers de domiciliation ni aux donneurs d'ordre de vos virements récurrents : ni votre opérateur télécom, ni votre employeur, ni votre prêteur. Les ordres cessent d'un côté et rien ne les attend de l'autre.
La deuxième ligne a son propre angle mort, dans l'autre sens : l'ancien compte n'étant pas clôturé, un donneur d'ordre qui n'a pas mis vos coordonnées à jour peut continuer à y verser de l'argent. Ce n'est pas perdu, mais ce n'est pas là où vous le cherchez.
Le calendrier : dix jours ouvrables au minimum, un mois au plus tard
C'est vous qui fixez la date du changement, dans une fenêtre imposée : au moins dix jours ouvrables bancaires après l'introduction de la demande, et un mois au maximum[1]. Le plancher n'est pas une lenteur administrative — il existe parce que les deux banques doivent échanger la liste de vos ordres, prévenir les tiers et attendre leurs mises à jour. Le plafond, lui, vous empêche de programmer la bascule six mois à l'avance et de l'oublier.
Dans l'intervalle, l'enchaînement est le suivant : la nouvelle banque réclame à l'ancienne la liste de vos ordres de paiement et de vos créanciers ; l'ancienne la fournit ; la nouvelle notifie votre nouveau numéro aux créanciers de domiciliation et aux donneurs d'ordre de virements récurrents, puis vous remet un aperçu des notifications envoyées ; elle encode vos ordres sur le nouveau compte ; et à la date retenue, l'ancienne banque clôture le compte, transfère le solde et désactive les cartes de paiement.
Cet aperçu des notifications est le document à lire ligne par ligne. C'est lui qui vous dit qui a été prévenu — et donc, par soustraction, qui ne l'a pas été.
Ce que le service ne transfère pas
Le périmètre du bankswitching est celui des ordres de paiement. Tout ce qui n'en est pas sort du dispositif. Quatre familles de produits sont explicitement hors champ[2] :
- Les crédits et les prêts. Un prêt à tempérament, une ouverture de crédit, une réserve d'argent : rien de tout cela ne se « déménage ». Le contrat reste chez le prêteur, aux conditions signées.
- Les comptes-titres et les portefeuilles d'investissement, qui relèvent d'une procédure de transfert distincte, celle-là généralement payante.
- Les assurances, y compris celles souscrites au guichet de la banque que vous quittez.
- Les coffres et services annexes.
Côté ordres de paiement eux-mêmes, le filtre à connaître est celui des treize mois : l'ancienne banque ne reprend dans sa liste que les domiciliations actives, c'est-à-dire celles dont le dernier recouvrement date de treize mois au maximum[2]. Les ordres permanents et les virements avec date mémo à venir sont repris sans cette condition, de même que le solde du compte.
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Le point sensible : une mensualité de crédit pendant la bascule
Que votre crédit ne soit pas transféré ne pose aucun problème en soi : vous le remboursez de la même manière, simplement depuis un autre compte. Le risque n'est pas contractuel, il est mécanique, et il se concentre sur trois situations.
1. La domiciliation dormante
Le filtre des treize mois est sans malice sur une domiciliation mensuelle : une mensualité de prêt prélevée chaque mois est forcément active. Mais il attrape les prélèvements rares. Une ouverture de crédit ou une réserve d'argent que vous n'avez pas utilisée depuis plus d'un an n'a plus de recouvrement récent : son mandat n'apparaîtra pas dans la liste transmise, et il faudra le rétablir vous-même si vous tirez à nouveau sur cette ligne de crédit.
2. Le créancier que le circuit ne joint pas
La notification automatique ne touche pas tout le monde. L'étape « vous informez les créanciers et donneurs d'ordre non joignables » fait partie de la procédure officielle : elle est à votre charge. Et c'est à vous, en toute hypothèse, de signer les mandats de domiciliation adaptés à votre nouveau numéro de compte quand un créancier vous les demande. Un prêteur spécialisé, un organisme de crédit qui n'est pas une banque de détail, une plateforme : ce sont précisément les créanciers pour lesquels il faut vérifier l'aperçu des notifications plutôt que de supposer.
3. La clôture sans transfert d'ordres
C'est le cas le plus coûteux, et il découle du tableau plus haut : si vous demandez la seule liquidation de l'ancien compte, personne n'est prévenu. Une mensualité présentée au prélèvement sur un compte clôturé revient impayée.
Or une mensualité impayée pour un motif purement technique reste une mensualité impayée. En Belgique, le prêteur suit une procédure de mise en demeure, des intérêts de retard courent, et après deux mensualités non payées ou trois mois de retard, le défaut est enregistré dans le volet des défauts de paiement de la Centrale des crédits aux particuliers de la Banque nationale — un enregistrement que votre explication de bonne foi ne fera pas disparaître. Nous détaillons cette mécanique, ses délais et ses conséquences dans notre article sur ce qui se passe quand une mensualité n'est pas payée.
La parade est simple et tient en deux gestes : conserver l'ancien compte provisoirement approvisionné jusqu'à ce qu'au moins une mensualité soit passée par le nouveau, et vérifier sur votre extrait que le prélèvement a bien changé de rail avant de clôturer.
Le volet épargne : une subtilité qui se chiffre
Le bankswitching couvre aussi les comptes d'épargne, avec deux réserves. D'abord, la procédure n'est possible pour un compte d'épargne que si l'ancienne et la nouvelle banque figurent toutes deux sur la liste publiée sur bankswitching.be — la liste des participants au volet épargne est plus courte que celle du volet paiement, et elle évolue[1].
Ensuite, et c'est la ligne que personne ne lit : à la clôture d'un compte d'épargne, les intérêts sont calculés, mais la prime de fidélité sur les dépôts effectués il y a moins d'un an devient caduque[1]. Sur un compte d'épargne réglementé belge, la rémunération se compose d'un taux de base et d'une prime de fidélité acquise après douze mois de présence des fonds. Déplacer un dépôt récent revient donc à abandonner la part fidélité déjà en cours d'acquisition. Changer de banque un mois trop tôt n'annule pas un gain : cela en annule la moitié.
Quant à la sécurité des fonds pendant l'opération, elle ne dépend pas de la taille de l'établissement : tout dépôt détenu auprès d'un établissement de crédit de l'Espace économique européen est protégé à hauteur de 100 000 € par personne et par établissement, par le Fonds de garantie côté belge[1].
Ce que les chiffres de 2025 disent du marché
Febelfin publie chaque année le volume de demandes. Le millésime 2025 marque un reflux après le pic de l'année précédente.
| Année | Demandes de changement de banque |
|---|---|
| 2022 | 93 167 |
| 2024 | 134 343 |
| 2025 | 111 745 |
La répartition des demandes de 2025 éclaire la lecture du tableau des trois formules : 34 % des demandeurs ont choisi le transfert des paiements avec clôture de l'ancien compte, 16 % le transfert des paiements seul, et 10 % la clôture seule sans transfert d'ordres ; le reste portait sur un compte d'épargne, pour 45 178 demandes[3]. Autrement dit, un demandeur sur dix a opté pour la formule qui ne prévient aucun créancier — c'est, de loin, celle qui demande le plus de vigilance de la part du client.
Le recul d'une année sur l'autre ne dit rien de la facilité de la procédure, qui n'a pas changé. Il dit que 2024 avait été une année de forte concurrence sur les taux d'épargne, et que l'incitation à bouger s'est tassée.
Et si ça coince
La procédure est encadrée, mais elle peut dérailler : un ordre non repris, un solde qui tarde, des frais facturés. La marche à suivre est en deux temps. Vous vous adressez d'abord au service compétent de votre banque, en général le service clientèle. Si, et seulement si, vous n'obtenez pas satisfaction ou pas de réponse dans un délai raisonnable de trente jours, vous pouvez saisir gratuitement Ombudsfin, le service de médiation des services financiers, compétent pour tout litige entre un client et sa banque[1].
La liste de contrôle, dans l'ordre
- Avant de fixer la date : relire les conditions particulières de vos crédits et cartes, et vérifier l'ancienneté des dépôts sur le compte d'épargne que vous déplacez.
- Au moment du formulaire : choisir en connaissance de cause entre les trois formules — et ne retenir « clôture seule » que si vous savez qu'aucun ordre récurrent ne subsiste.
- À réception de l'aperçu des notifications : le lire ligne par ligne et prévenir soi-même les créanciers absents, prêteur en tête.
- Le mois suivant : vérifier sur l'extrait que chaque mensualité est bien passée par le nouveau compte avant de clôturer l'ancien.
Un changement de banque est une occasion utile de remettre à plat le reste. Si votre réflexion porte autant sur les frais que sur le compte lui-même, nos repères sur les banques en ligne actives en Belgique et sur le coût réel d'une carte de crédit complètent le tableau. Et si un crédit en cours est précisément ce qui pèse sur votre budget, c'est son TAEG qu'il faut comparer, pas la domiciliation : notre comparateur de prêts personnels et notre page regroupement de crédits traitent cette question-là.
Le service de mobilité interbancaire est-il payant ?
Non. Le service de mobilité interbancaire, aussi appelé bankswitching, est gratuit. L'ancienne banque ne peut pas facturer de frais de clôture et rembourse les frais de gestion déjà payés d'avance ainsi que les intérêts courus.
Combien de temps faut-il pour changer de banque en Belgique ?
La date du changement est choisie par le client : au moins dix jours ouvrables bancaires après l'introduction de la demande, et un mois au plus tard. La demande s'introduit auprès de la nouvelle banque, qui règle le reste directement avec l'ancienne.
Mon crédit en cours est-il transféré quand je change de banque ?
Non. Les crédits et les prêts ne font pas partie du service de mobilité interbancaire, pas plus que les comptes-titres, les assurances ou les coffres. Le contrat de crédit reste chez le prêteur et ses conditions ne bougent pas. Seul l'instrument de paiement de la mensualité change : la domiciliation ou l'ordre permanent est repris sur le nouveau compte, à condition qu'il entre dans le périmètre du service.
Quelles domiciliations sont reprises par le bankswitching ?
Les domiciliations actives, c'est-à-dire celles dont le dernier recouvrement date de treize mois au maximum, ainsi que les ordres permanents et les virements avec date mémo à exécuter dans le futur. Une domiciliation restée inactive plus longtemps n'apparaît pas dans la liste fournie par l'ancienne banque et doit être rétablie par le client auprès du créancier.
Que devient la prime de fidélité d'un compte d'épargne que je clôture ?
À la clôture d'un compte d'épargne réglementé, les intérêts sont calculés, mais la prime de fidélité sur les dépôts effectués il y a moins d'un an devient caduque. La procédure de mobilité interbancaire pour un compte d'épargne n'est par ailleurs possible que si l'ancienne et la nouvelle banque figurent toutes deux sur la liste publiée sur bankswitching.be.
Que faire en cas de litige avec sa banque sur un changement ?
Il faut d'abord s'adresser au service compétent de la banque, généralement le service clientèle. Si la réponse n'est pas satisfaisante ou n'arrive pas dans un délai raisonnable de trente jours, le dossier peut être porté gratuitement devant Ombudsfin, le service de médiation des services financiers, compétent pour tout litige entre un client et sa banque.
[1] Febelfin, « Le service de mobilité interbancaire : pour changer de banque facilement », brochure officielle (fenêtre de dix jours ouvrables bancaires à un mois, trois formules et leurs étapes, condition de participation des deux banques pour le volet épargne, caducité de la prime de fidélité sur les dépôts de moins d'un an, recours à Ombudsfin après trente jours, garantie des dépôts à 100 000 € par personne et par établissement).
[2] Règlement et pages d'information du service de mobilité interbancaire publiés par les banques participantes : gratuité et absence de frais de clôture, remboursement des frais de gestion payés d'avance et des intérêts courus, périmètre des domiciliations actives limité à un dernier recouvrement de treize mois au maximum, exclusion des crédits et prêts, des comptes-titres, des assurances et des coffres, obligation pour le client de signer les mandats de domiciliation adaptés.
[3] Febelfin, communiqué du 7 janvier 2026 : 111 745 demandes en 2025, contre 134 343 en 2024 et 93 167 en 2022 ; répartition par type de demande et volume du volet épargne.
Mensualité et montant total dû de l'exemple représentatif calculés par la rédaction avec la formule d'amortissement constant et la conversion actuarielle du TAEG ; le TAEG utilisé en illustration correspond à la fourchette observée dans notre base de taux comparateur pour le prêt personnel et ne constitue pas une offre. Cet article décrit une procédure interbancaire belge et le cadre légal applicable à sa date de mise à jour ; il ne constitue ni un conseil en crédit, ni un conseil en placement, ni une recommandation d'établissement.